Depuis le 2 août 2026, une nouvelle étape importante du règlement européen sur l’intelligence artificielle, l’AI Act, est entrée en application. Pour les entreprises qui utilisent des chatbots, des assistants IA, des outils de génération de contenus ou encore des avatars et vidéos synthétiques, la transparence n’est désormais plus seulement une bonne pratique : elle peut devenir une obligation réglementaire.
L’article 50 de l’AI Act impose notamment de permettre aux utilisateurs de savoir lorsqu’ils interagissent avec certains systèmes d’IA et d’identifier certains contenus générés ou manipulés artificiellement. La Commission européenne a publié en juillet 2026 des lignes directrices destinées à préciser la mise en œuvre de ces nouvelles règles.
Pour les TPE et PME, cela ne signifie pas qu’il faut désormais apposer la mention « généré par IA » sur chaque contenu créé avec ChatGPT, Claude ou Gemini. Les règles sont plus nuancées et dépendent notamment du type de contenu, de son usage et du rôle joué par l’entreprise.
L’AI Act entre dans une phase beaucoup plus concrète
Adopté en 2024, l’AI Act est appliqué progressivement.
Depuis le 2 août 2026, les obligations de transparence prévues par son article 50 s’appliquent notamment aux systèmes d’IA générative et interactive.
L’objectif européen est simple : permettre à une personne de déterminer plus facilement lorsqu’elle :
- échange avec une intelligence artificielle ;
- consulte certains contenus générés ou manipulés par une IA ;
- est exposée à un deepfake ;
- est confrontée à certains systèmes de reconnaissance des émotions ou de catégorisation biométrique.
Ces mesures cherchent notamment à limiter les risques de manipulation, de fraude et de désinformation liés à la démocratisation des outils d’IA générative.
Mais pour comprendre ce que cela implique réellement pour une entreprise, il faut distinguer deux rôles essentiels définis par l’AI Act : le fournisseur du système d’IA et son déployeur.
Chatbots et agents IA : l’utilisateur doit savoir qu’il parle à une IA
Un premier cas concerne les systèmes conçus pour interagir directement avec des personnes.
Le fournisseur doit concevoir son système afin que la personne soit informée qu’elle échange avec une IA, sauf lorsque cela est déjà évident compte tenu du contexte.
Cette règle concerne directement l’écosystème des :
- chatbots de support client ;
- assistants conversationnels ;
- agents IA accessibles depuis un site web ;
- assistants commerciaux ;
- avatars interactifs ;
- interfaces conversationnelles automatisées.
Pour une PME qui déploie un chatbot sur son site internet, la transparence doit donc désormais faire partie des questions étudiées dès la conception du projet.
Au lieu de chercher à faire passer artificiellement le chatbot pour un humain, il est généralement préférable d’assumer clairement son fonctionnement.
Une formulation comme :
« Assistant IA de Dixie Consulting »
peut par exemple être beaucoup plus claire qu’un simple prénom laissant penser qu’un conseiller humain répond à l’utilisateur.
Les contenus générés par IA doivent pouvoir être identifiés
L’AI Act impose également aux fournisseurs de systèmes générant du texte, des images, de l’audio ou de la vidéo de prévoir des mécanismes permettant d’identifier les contenus comme ayant été générés ou manipulés par une IA.
Il s’agit notamment de marquages lisibles par machine, destinés à rendre l’origine artificielle du contenu techniquement détectable.
Cette obligation concerne avant tout les fournisseurs des systèmes.
Une entreprise utilisant un outil comme ChatGPT ou un générateur d’images n’a donc pas à développer elle-même un système de watermarking.
Il existe également une période transitoire limitée : pour certains systèmes d’IA mis sur le marché avant le 2 août 2026, l’obligation technique de marquage prévue à l’article 50(2) peut bénéficier d’un délai jusqu’au 2 décembre 2026.
Faut-il écrire « généré par IA » sur tous ses articles ?
C’est probablement l’une des principales interrogations pour les entreprises utilisant aujourd’hui l’IA pour produire du contenu.
La réponse est non.
L’article 50 prévoit une obligation spécifique pour les textes générés ou manipulés par IA et publiés dans le but d’informer le public sur des questions d’intérêt public.
Mais il existe une exception importante lorsque le contenu a fait l’objet d’un processus de contrôle humain ou éditorial et qu’une personne physique ou morale en assume la responsabilité éditoriale.
Cette distinction est essentielle.
Utiliser une IA pour :
- rechercher des pistes ;
- structurer un article ;
- reformuler certains passages ;
- préparer un premier brouillon ;
- synthétiser des informations,
ne signifie donc pas automatiquement que chaque publication doit afficher une grande mention « généré par IA ».
En revanche, l’entreprise doit être capable de démontrer qu’il existe un véritable processus éditorial lorsque celui-ci est nécessaire.
Et cela change la manière dont les entreprises doivent organiser leur production de contenus avec l’IA.
Le contrôle humain devient un véritable processus métier
Pendant longtemps, beaucoup d’entreprises ont résumé la supervision de l’IA à une consigne très simple :
« Pensez à relire ce que produit ChatGPT. »
Avec la professionnalisation des usages et l’arrivée de l’AI Act, cette approche devient insuffisante.
Un véritable workflow peut par exemple prévoir :
- génération ou assistance par l’IA ;
- vérification des affirmations et des sources ;
- contrôle des données sensibles ;
- validation du contenu par une personne identifiée ;
- possibilité de modifier ou rejeter la proposition de l’IA ;
- publication sous la responsabilité de l’entreprise.
L’enjeu n’est donc plus simplement de placer un humain quelque part dans la chaîne.
Il faut déterminer qui contrôle le résultat et qui en assume la responsabilité.
Deepfakes : une obligation de transparence particulièrement claire
Le règlement vise également les contenus audio, image ou vidéo constituant des deepfakes.
Les déployeurs doivent informer les personnes lorsque celles-ci sont exposées à ce type de contenu généré ou manipulé artificiellement.
Cette problématique devient particulièrement importante avec l’amélioration rapide des générateurs de vidéos et de voix.
Une entreprise pourrait par exemple créer :
- un avatar réaliste présentant un produit ;
- une vidéo dans laquelle une personne semble prononcer un texte qu’elle n’a jamais enregistré ;
- une voix synthétique reproduisant celle d’un dirigeant ;
- une publicité utilisant une scène artificielle particulièrement réaliste.
Dans ces cas, la question de la transparence doit être intégrée au processus de création avant même la publication.
Quelles conséquences pour une TPE ou une PME ?
Pour la majorité des entreprises, l’AI Act ne doit pas provoquer l’arrêt des projets d’intelligence artificielle.
Il impose plutôt de passer d’une utilisation parfois improvisée des outils à une gouvernance plus structurée.
Une TPE ou PME peut commencer par cinq actions simples.
1. Inventorier les outils IA utilisés
ChatGPT, Claude, Gemini, Copilot, générateurs d’images, transcription, chatbot du site, outils marketing, automatisations…
Les usages réels sont souvent beaucoup plus nombreux que ceux identifiés officiellement par la direction.
2. Identifier les usages exposés au public
Un assistant utilisé uniquement en interne ne présente pas les mêmes enjeux qu’un chatbot accessible à plusieurs milliers de clients.
3. Identifier le rôle de l’entreprise
L’entreprise est-elle simplement utilisatrice d’un outil existant ?
Déploie-t-elle une solution auprès de ses clients ?
Développe-t-elle son propre système ?
Ces situations peuvent entraîner des obligations différentes.
4. Formaliser le contrôle humain
Pour les contenus sensibles ou destinés à être publiés, il devient pertinent de définir :
IA → contrôle → validation → publication.
5. Vérifier les fonctionnalités proposées par les fournisseurs
Les entreprises peuvent désormais demander à leurs éditeurs de solutions IA quelles fonctionnalités sont prévues pour :
- le marquage des contenus ;
- la traçabilité ;
- l’information des utilisateurs ;
- la conservation des éléments nécessaires au contrôle ;
- la conformité avec l’AI Act.
La conformité ne dépend donc plus uniquement du département juridique. Elle commence également dans le choix et la conception des outils.
Jusqu’à 15 millions d’euros ou 3 % du chiffre d’affaires mondial
L’AI Act prévoit un régime de sanctions gradué selon les infractions.
Pour les manquements concernés par cette catégorie d’obligations, les amendes peuvent atteindre 15 millions d’euros ou 3 % du chiffre d’affaires annuel mondial total de l’entreprise, avec des principes de proportionnalité tenant notamment compte de la situation des PME.
Le montant maximal est évidemment très éloigné de la situation habituelle d’une petite entreprise.
Mais il montre surtout que la gouvernance de l’IA est progressivement en train de devenir un sujet de conformité comparable à d’autres dimensions de la transformation numérique.
La conformité IA peut aussi devenir un avantage
L’AI Act est parfois présenté uniquement comme une nouvelle contrainte réglementaire européenne.
Pourtant, ses principes peuvent également devenir une opportunité.
Une entreprise capable d’expliquer clairement :
- quelles IA elle utilise ;
- quelles données leur sont confiées ;
- comment leurs résultats sont contrôlés ;
- quand un humain intervient ;
- qui assume la responsabilité finale,
peut renforcer la confiance de ses clients et partenaires.
La transparence peut alors devenir un véritable élément différenciant.
C’est particulièrement vrai à mesure que les entreprises passent des simples assistants conversationnels aux agents IA capables d’exécuter automatiquement des actions dans les systèmes d’information.
En conclusion
Le 2 août 2026 marque une nouvelle étape dans l’adoption professionnelle de l’intelligence artificielle en Europe.
L’enjeu n’est pas d’apposer systématiquement une étiquette « IA » sur toutes les productions réalisées avec ChatGPT, Claude ou Gemini.
Il est beaucoup plus profond :
les entreprises doivent savoir où elles utilisent l’IA, comment elle intervient dans leurs processus et qui contrôle ses résultats.
Pour les TPE et PME, le meilleur moyen de se préparer n’est donc pas d’attendre une éventuelle mise en conformité réglementaire.
C’est de mettre en place dès aujourd’hui quelques règles simples de gouvernance de l’IA.
Chez Dixie Consulting, nous accompagnons les entreprises dans l’identification de leurs usages IA, la mise en place de processus adaptés et le déploiement de solutions d’intelligence artificielle pragmatiques, sécurisées et adaptées à leurs métiers. Voir nos offres.
Cet article présente les principaux enjeux opérationnels de l’AI Act à titre informatif et ne constitue pas un conseil juridique.